samedi 24 mai 2014

COMME QUOI...



Quand Robert et Morice se rencontrèrent, ils étaient frères, comme d’autres sont voisins de palier, clients dans la même épicerie, passionnés de pêche à la truite, le cul merdeux sur un banc d’école à deux places…Robert et Morice étaient accrochés à la même paire de mamelles…forcément ça rapproche. Ils grandirent ensemble, fait commun à de nombreux frères, sauf pour les plus indépendants qui se carapatent dès que la porte est ouverte…Mais depuis l’invention des loquets, verrous, chainettes de sécurité, bloque-porte, meubles lourds et autres gadgets pour empêcher de rentrer, il s’avéra par juste retour des choses, selon l’effet du ressort comprimé qui se détend quand on le lâche par inadvertance ou  ras-le-bol voir à bout de souffle, que l’on sortait aussi beaucoup moins…
Robert avait une tête à chapeau par grand vent, l’oreille en extrémité de chausse-pied et la sale manie de bouffer comme un saligot, la bouche ouverte en se pastissant la chemise malgré les semonces de sa mère. Morice était né les bras croisés, et personne n’avait jamais pu lui déplier. Son père avait bien essayé avec une tringle à rideau, en faisant levier, mais il n’avait réussi qu’à lui péter la montre. Robert et Morice étaient inséparables, ils se comprenaient sans s’entendre, ils s’entendaient sans se voir, et malgré leur proximité, leurs regards toujours dans la même direction, ils ne s’étaient jamais vus…Non, ils ne s’étaient jamais vus…


2 commentaires:

  1. tes mots sont savoureux et l'humour que tu y mêles fait mon bonheur
    j'adore

    frambois

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